Votre bébé pleure des heures chaque soir, se tortille, replie ses jambes — et on vous a parlé des probiotiques. La question est légitime : quel probiotique donner à un nourrisson, et est-ce que ça marche vraiment contre les coliques ? La réponse honnête : une souche sort du lot, Lactobacillus reuteri DSM 17938, dont l’effet est le mieux documenté — surtout chez le bébé allaité. Mais le bénéfice reste modeste, et rien ne remplace l’avis de votre pédiatre. Voici ce que dit la science, sans exagération.
- La souche la plus étudiée pour les coliques du nourrisson est Lactobacillus reuteri DSM 17938 (présente dans BioGaia Protectis, Pediakid Colicillus…).
- Son effet est le mieux démontré chez les bébés allaités : réduction du temps de pleurs. Chez les bébés au biberon, les preuves sont plus incertaines.
- La revue Cochrane (2019) est prudente : les probiotiques n’empêchent pas les coliques, mais peuvent réduire le temps de pleurs chez ceux qui en souffrent.
- La forme la plus adaptée au nourrisson est en gouttes (jamais de gélule à avaler).
- ⚠️ Chez un bébé, un probiotique ne se donne qu’après avis du pédiatre. Certains signaux (fièvre, sang dans les selles, vomissements, mauvaise prise de poids) imposent une consultation, pas un complément.
Les probiotiques sont-ils vraiment utiles pour un nourrisson ?
Soyons clairs d’emblée : ce n’est pas un remède miracle. La colique du nourrisson se définit par des pleurs intenses et inconsolables (souvent plus de 3 heures par jour, plus de 3 jours par semaine) chez un bébé par ailleurs en bonne santé. Elle culmine vers 6 semaines et disparaît spontanément vers 3 à 4 mois. Autrement dit : elle guérit toute seule, quoi qu’on fasse. Les probiotiques ne « soignent » donc pas une maladie — ils peuvent, au mieux, raccourcir les crises chez certains bébés.
Ce que dit la recherche la plus solide : une revue Cochrane de 2019 a conclu que les probiotiques ont peu ou pas d’effet pour prévenir l’apparition des coliques, mais qu’ils pourraient réduire le temps de pleurs chez les nourrissons qui en présentent déjà. Plusieurs méta-analyses pointent la même nuance décisive : le bénéfice est net chez les bébés allaités, beaucoup moins chez ceux nourris au biberon. C’est un point que les fiches produit passent souvent sous silence.
Si votre bébé est allaité et souffre de coliques, un essai de L. reuteri sur 3 à 4 semaines, validé par votre pédiatre, est raisonnable — l’effet peut être réel. S’il est nourri au biberon, tempérez vos attentes : les données sont bien moins convaincantes. Dans les deux cas, le portage, le peau-à-peau et un environnement calme restent les premiers gestes.
Quelle souche de probiotique pour les coliques ?
L’efficacité d’un probiotique est spécifique à la souche : ce qui vaut pour l’une ne vaut pas pour l’autre. Chez le nourrisson, une seule souche concentre l’essentiel des preuves.
| Souche | Indication étudiée | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Lactobacillus reuteri DSM 17938 | Coliques (surtout bébé allaité) | Le plus solide |
| Bifidobacterium infantis (ex. M-63) | Confort digestif, coliques | Émergent |
| Lactobacillus rhamnosus GG (LGG) | Diarrhée aiguë (raccourcit la durée) | Bon (autre indication) |
| Saccharomyces boulardii | Diarrhée sous antibiotiques | Bon (autre indication) |
Retenez surtout L. reuteri DSM 17938 pour les coliques. C’est d’ailleurs la seule souche que le groupe de travail Probiotiques de l’ESPGHAN (la société savante européenne de gastro-entérologie pédiatrique) indique pouvoir être proposée chez le nourrisson allaité souffrant de coliques — à raison de 10⁸ ferments par jour pendant au moins 21 jours (position officielle 2023). Les autres souches ont leur intérêt, mais pour d’autres situations : LGG et S. boulardii concernent plutôt les diarrhées (par exemple lors d’une cure de probiotiques après antibiotiques). Pour comprendre pourquoi la souche précise compte tant, voir notre article sur les différences entre Lactobacillus et Bifidobacterium.
Comparatif des probiotiques pour nourrisson en France
Voici les produits les plus courants en pharmacie et parapharmacie, tous sous forme de gouttes adaptées au bébé. Le critère n°1 : la présence de la souche L. reuteri DSM 17938.
| Produit | Souche | Forme | Repère |
|---|---|---|---|
| BioGaia Protectis (gouttes bébé) | L. reuteri DSM 17938 | Gouttes huileuses | La référence, la plus étudiée |
| Pediakid Colicillus bébé | L. rhamnosus GG + L. reuteri LR02 | Gouttes | ⚠️ LR02 n’est pas la souche DSM 17938 des essais |
| Gallia / laits enrichis | Bifidobactéries selon formule | Intégré au lait | Pour bébé au biberon |
Un exemple concret de l’importance du code de souche : Pediakid Colicillus Bébé « L. Reuteri+ » contient bien du L. reuteri, mais la souche LR02 — pas le DSM 17938 sur lequel portent Savino 2010, la méta-analyse de Sung et la position de l’ESPGHAN. Le produit n’a rien de trompeur, sa composition est publique, mais son nom peut laisser croire qu’il s’agit de la souche étudiée pour les coliques. C’est le cas d’école : deux souches de la même espèce n’ont pas les mêmes preuves.
Prix indicatif : comptez environ 15 à 25 € le flacon (10 à 20 jours de cure selon la posologie). Vérifiez toujours la souche exacte sur l’étiquette (« DSM 17938 ») et la date de péremption : les ferments sont vivants et perdent en efficacité avec le temps. Conservez selon les indications (certains au réfrigérateur).
Comment donner un probiotique à un bébé ?
- Toujours en gouttes, jamais de gélule (risque de fausse route). La plupart des produits pour nourrisson se dosent avec une pipette.
- La dose habituelle de L. reuteri est de 5 gouttes par jour (soit environ 100 millions de ferments), mais respectez la posologie exacte du produit et l’avis du pédiatre.
- Déposez les gouttes sur une cuillère propre, sur le mamelon avant la tétée, ou directement dans la bouche du bébé. Ne les mélangez pas à un biberon chaud (la chaleur tue les ferments).
- Un moment régulier chaque jour (souvent avant un repas) facilite l’observance.
- Sur 3 à 4 semaines : c’est la durée minimale pour juger d’un effet. Si aucune amélioration au bout d’un mois, inutile de poursuivre.
Précautions : quand consulter plutôt que compléter
C’est la partie la plus importante de cet article. Chez un nourrisson, aucun complément ne se donne sans l’avis du pédiatre ou du médecin traitant. Les probiotiques sont généralement bien tolérés chez le bébé né à terme et en bonne santé, mais deux situations imposent une prudence particulière : les grands prématurés et les bébés immunodéprimés, chez qui un avis médical spécialisé est indispensable (de très rares cas d’infections ont été décrits).
- de la fièvre, ou un bébé anormalement mou / difficile à réveiller ;
- du sang dans les selles, ou des vomissements (surtout verdâtres) ;
- une mauvaise prise de poids ou un refus de s’alimenter ;
- des pleurs brutalement différents de d’habitude.
Ces signes ne relèvent pas de la « colique » et nécessitent un examen médical — pas un probiotique.
Enfin, gardez en tête que le microbiote du bébé se construit surtout par des voies naturelles : mode de naissance, allaitement, contacts précoces. Pour comprendre ce processus fondateur, lisez notre article sur le microbiote du bébé et comment il se construit. Et pour les enfants plus grands, voyez notre sélection du meilleur probiotique pour enfants.
Questions fréquentes
À partir de quel âge peut-on donner un probiotique à un bébé ?
Les gouttes de L. reuteri DSM 17938 sont étudiées et utilisées dès la naissance chez le nourrisson à terme, y compris pour les coliques des toutes premières semaines. Mais chez un nouveau-né, la règle absolue est d’en parler d’abord au pédiatre, qui validera la pertinence et la posologie selon le poids et l’état de santé du bébé.
Bébé allaité ou au biberon : ça change quelque chose ?
Oui, et c’est essentiel. Les données montrent un bénéfice de L. reuteri surtout chez les bébés allaités (réduction du temps de pleurs). Chez les bébés nourris au biberon, les preuves sont bien plus incertaines. Ce n’est pas une raison pour ne pas essayer, mais pour ajuster vos attentes.
Combien de temps faut-il pour voir un effet ?
Comptez 2 à 4 semaines d’utilisation quotidienne pour évaluer un effet sur les pleurs. Si rien ne change après un mois, il est inutile de prolonger. Rappelez-vous aussi que la colique disparaît naturellement vers 3-4 mois : une amélioration peut simplement coïncider avec cette évolution.
Peut-on donner un probiotique à un bébé sous antibiotiques ?
C’est une indication différente des coliques. Certaines souches (S. boulardii, L. rhamnosus GG) réduisent le risque de diarrhée liée aux antibiotiques chez l’enfant. Là encore, c’est au médecin qui a prescrit l’antibiotique de vous conseiller la souche et le moment de prise (généralement à distance de l’antibiotique).
Les probiotiques ont-ils des effets secondaires chez le nourrisson ?
Chez le bébé né à terme et en bonne santé, ils sont généralement bien tolérés. On peut parfois observer de légers gaz ou une modification transitoire des selles en début d’utilisation. Les situations à risque (grande prématurité, immunodépression) relèvent d’un avis médical spécialisé. En cas de doute ou de réaction inhabituelle, arrêtez et consultez.
En résumé : contre les coliques du nourrisson, L. reuteri DSM 17938 est la meilleure option étudiée, avec un effet réel mais modeste, surtout chez le bébé allaité. C’est un coup de pouce, pas un traitement — et jamais sans l’accord de votre pédiatre. Le meilleur allié du ventre de votre bébé, c’est le temps, les câlins, et si possible le lait maternel.
- Ong T.G. et al. — Probiotics to prevent infantile colic, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2019. PubMed 30865287, consulté le 15 juillet 2026
- Sung V. et al. — Lactobacillus reuteri to treat infant colic: a meta-analysis (individual participant data), Pediatrics, 2018. PubMed 29279326, consulté le 15 juillet 2026
- Szajewska H. et al. (ESPGHAN Working Group for Probiotics/Prebiotics) — Probiotics for the Management of Pediatric Gastrointestinal Disorders: A Position Paper, Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition (JPGN), 2023. PubMed 36219218, consulté le 15 juillet 2026
- Savino F. et al. — Lactobacillus reuteri DSM 17938 in infantile colic: a randomized controlled trial, Pediatrics, 2010. PubMed 20713478, consulté le 15 juillet 2026
À propos de l’auteur : Seydou est le fondateur de Le Monde du Microbiote. Après plusieurs années de troubles digestifs, il étudie la littérature scientifique sur le microbiote et partage ce qui est réellement démontré — y compris quand la science reste prudente, comme ici. Il n’est pas médecin : cet article est informatif et ne remplace jamais l’avis d’un pédiatre. Aucun complément ne doit être donné à un nourrisson sans avis médical. Retrouvez-le sur X : @LeMicrobiote.