⚠️ À lire avant
- Un complément alimentaire ne soigne pas une mycose ni une vaginose. Si c’est la première fois, si les pertes sont malodorantes, jaunes ou vertes, ou si les symptômes reviennent souvent, consultez un médecin ou une sage-femme.
- Enceinte, ou avec des douleurs abdominales ou des brûlures urinaires : l’Assurance Maladie recommande de consulter dans la journée.
Ergyphilus Intima est un probiotique de Nutergia destiné au confort intime : 6 souches, 32 milliards de bactéries pour 4 gélules, 26,50 € la boîte de 60. Sa grande qualité est rare : chaque souche est identifiée par un code de dépôt. Son point faible l’est moins. En cherchant ces codes dans la littérature scientifique, on constate que seules deux souches sur six ont été étudiées sur la flore vaginale, sans résultat clinique. Et le produit lui-même n’a jamais été testé.
Voici ce que contient la gélule, ce que chaque souche a réellement montré, et à qui ce produit peut raisonnablement convenir.
🔑 L’essentiel
- Composition transparente : 6 souches avec leur code, la dose de chacune, de la vitamine B2 et de l’hespéridine. C’est mieux que la plupart des probiotiques « flore intime ».
- Peu de preuves par souche : 2 des 6 codes n’apparaissent dans aucune publication scientifique, seules 2 souches ont été étudiées sur la flore vaginale, et le produit n’a pas été testé en essai clinique.
- La souche la plus connue, LGG, est une souche intestinale : même déposée directement dans le vagin, elle n’y reste que quelques jours.
- Contre les mycoses, les probiotiques ont surtout montré un petit effet en complément d’un antifongique, sur le court terme, avec des preuves de faible qualité.
- Prix : de 0,88 € à 1,77 € par jour selon la dose (2 ou 4 gélules).
Ce que contient Ergyphilus Intima
Nutergia publie la composition complète sur sa fiche produit, souche par souche. Le tableau reprend ces données, pour la dose maximale de 4 gélules. La dernière colonne indique ce qu’on trouve sur chaque code dans PubMed, la principale base de publications médicales, et dans Europe PMC, qui fouille aussi le texte intégral des articles.
| Souche | Code de dépôt | Pour 4 gélules | Publications trouvées |
|---|---|---|---|
| Lactobacillus acidophilus | ATCC SD-5212 | 10 milliards | Oui : c’est la souche La-14 (2 études sur la flore vaginale) |
| Lactobacillus crispatus | DSM 33822 | 7 milliards | Aucune |
| Lactobacillus gasseri | DSM 34877 | 7 milliards | Aucune |
| Lacticaseibacillus rhamnosus GG | ATCC 53103 | 4,4 milliards | Très nombreuses, surtout sur l’intestin |
| Bifidobacterium bifidum | DSM 22892 | 2 milliards | 3 mentions dans des mélanges (intestin, autres usages), aucune sur la flore vaginale |
| Limosilactobacillus fermentum | AGAL NM02/31704 | 1,6 milliard | Code introuvable tel quel (voir plus bas) |
La gélule contient aussi des fibres d’acacia, 0,44 mg de vitamine B2 (30 % des apports de référence) et 40 mg d’hespéridine, un composé extrait de l’orange. La vitamine B2 bénéficie d’une allégation de santé autorisée en Europe : elle « contribue au maintien de muqueuses normales ». L’hespéridine n’en a aucune. Le produit est sans gluten, sans lactose et sans soja, en gélule végétale.
Des codes de souche : un vrai bon point, avec une limite
Afficher un code pour chaque souche est la meilleure pratique possible, et peu de marques le font. Nous avons fait le relevé pour 15 marques dans notre article sur les codes de souche des probiotiques. Un code permet de savoir exactement quelle bactérie on achète, puisque deux souches de la même espèce peuvent avoir des effets très différents.
Mais un code n’est pas une preuve d’efficacité. Il permet seulement de vérifier si la souche a été étudiée. Et ici, la vérification tourne court pour une bonne partie de la formule. Ni PubMed ni Europe PMC ne mentionnent L. crispatus DSM 33822 ou L. gasseri DSM 34877. B. bifidum DSM 22892 est commercialisée par le fabricant italien Probiotical sous le nom BB01. Elle n’apparaît que dans trois publications (deux cas cliniques et une étude de laboratoire), toujours au sein d’un mélange de bifidobactéries, et jamais sur la flore vaginale. Cela ne veut pas dire que ces souches sont inefficaces. Cela veut dire que personne n’a publié de résultat permettant de le savoir.
Le code de L. fermentum pose un autre problème. Tel qu’il est écrit, AGAL NM02/31704, on ne le retrouve nulle part. Il ressemble presque à l’identique à celui d’une souche connue, L. fermentum VRI-003, déposée sous le numéro NM02/31074 à l’Australian Government Analytical Laboratories (brevet US20100074878A1). Une inversion de chiffres est probable, mais seule Nutergia peut le confirmer. Si c’est bien elle, ses études portent sur l’immunité des sportifs, l’eczéma de l’enfant et le cholestérol, pas sur la flore vaginale.
Ce que chaque souche a réellement montré
L. crispatus : la bonne espèce, une souche inconnue
Mettre L. crispatus dans une formule intime est logique. Dans une étude de référence sur 396 femmes en âge de procréer, la flore vaginale se répartissait en cinq grands profils, dont quatre dominés par une seule espèce de lactobacille, parmi lesquelles L. crispatus (Ravel et al., PNAS, 2011).
Une souche de cette espèce a d’ailleurs obtenu un résultat net dans un essai publié par le New England Journal of Medicine : L. crispatus CTV-05 a été appliquée par voie vaginale après un traitement antibiotique. Elle a réduit les récidives de vaginose à 12 semaines : 30 % contre 45 % sous placebo (Cohen et al., New England Journal of Medicine, 2020). Mais ce résultat appartient à cette souche-là, et à la voie vaginale. Il ne se transfère ni à une autre souche de la même espèce, ni à une gélule avalée.
L. acidophilus La-14 : des résultats qui se contredisent
C’est la souche la plus dosée de la formule (10 milliards), et la seule, avec LGG, à avoir été étudiée sur la flore vaginale. Deux études l’ont testée par voie orale, associée à une autre souche, L. rhamnosus HN001, absente d’Ergyphilus Intima :
- Dans une étude pilote sur 40 femmes, les deux souches, prises avec de la lactoferrine pendant deux semaines, ont été détectées en plus grande quantité dans le vagin (De Alberti et al., Archives of Gynecology and Obstetrics, 2015).
- Dans un essai plus rigoureux, en triple aveugle contre placebo sur 50 femmes, elles n’ont pas été retrouvées dans le vagin au-dessus du seuil de détection. L’étude était financée par le fabricant des souches (Lyra et al., Microorganisms, 2023).
Aucune des deux n’a mesuré d’effet sur les mycoses ou la vaginose : elles portaient sur des femmes en bonne santé.
LGG : excellente souche intestinale, mauvaise colonisatrice vaginale
L. rhamnosus GG est l’un des probiotiques les plus étudiés au monde, mais pour l’intestin. Pour la sphère intime, une étude a comparé sa persistance à celle de deux souches choisies pour cet usage, L. rhamnosus GR-1 et L. fermentum RC-14. Même déposée directement dans le vagin, LGG n’y était plus détectable après 5 jours, contre 19 jours pour les deux autres (Gardiner et al., Clinical and Diagnostic Laboratory Immunology, 2002). Les auteurs concluent que le choix de la souche est déterminant pour la flore intime.
Les trois autres : L. gasseri, B. bifidum, L. fermentum
L. gasseri fait partie, comme L. crispatus, des espèces qui dominent naturellement certaines flores vaginales (voir notre article sur Lactobacillus gasseri). Mais la souche DSM 34877 n’a aucune publication. B. bifidum est une bactérie surtout intestinale, et sa souche n’a jamais été étudiée sur la flore vaginale. Pour L. fermentum, voir plus haut.
Les probiotiques contre les mycoses : ce que disent les synthèses
Faute d’essai sur Ergyphilus Intima, on peut regarder ce que les probiotiques ont montré en général. Les résultats sont modestes, et presque toujours en complément d’un traitement antifongique :
- Cochrane, 2017 : 10 essais, 1 656 femmes. Ajoutés à un antifongique, les probiotiques augmentent un peu la guérison à court terme (+14 %) et réduisent les rechutes à un mois. Mais l’effet ne se maintient pas à plus long terme, et les preuves sont de qualité faible à très faible (Xie et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017).
- Méta-analyse de 2026 : 14 essais. Même conclusion pour l’association avec un antifongique. Seuls, les probiotiques font moins bien qu’un antifongique sur l’élimination du champignon à long terme. Face à un placebo, ils ont amélioré cette élimination à six mois chez des femmes aux mycoses récidivantes. Les preuves restent de qualité faible à très faible (Chen et al., American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2026).
- Vaginose bactérienne : la revue Cochrane dédiée ne trouvait pas assez de preuves pour recommander les probiotiques, ni pour les déconseiller (Senok et al., Cochrane, 2009).
En pratique : un probiotique peut accompagner un traitement, il ne le remplace pas. Et ces résultats concernent des souches précises, souvent différentes de celles d’Ergyphilus Intima. Les souches les plus étudiées par voie orale pour la flore intime sont présentées dans notre article sur les probiotiques contre la candidose et la vaginose.
Prix, dose et durée
Nutergia vend la boîte de 60 gélules 26,50 € sur son site (prix relevé le 25/09/2026). La dose conseillée est de 2 à 4 gélules par jour, ce qui donne :
| Dose | Bactéries par jour | Durée d’une boîte | Coût par jour |
|---|---|---|---|
| 2 gélules | 16 milliards | 1 mois | 0,88 € |
| 4 gélules | 32 milliards | 15 jours | 1,77 € |
Le fabricant indique que le produit convient à partir de 10 ans, aux femmes enceintes et aux végétariennes. Il présente une boîte comme une cure d’un mois, soit la dose basse de 2 gélules par jour.
Intima, Confort ou Plus : quelle différence ?
Les trois appartiennent à la même gamme, mais Ergyphilus Confort et Ergyphilus Plus visent l’intestin. Intima est la seule formule pensée pour la flore vaginale, avec L. crispatus et L. gasseri, deux espèces présentes naturellement dans le vagin. Pour Confort et Plus, voyez notre avis sur Ergyphilus Confort et Plus.
Notre avis : pour qui, et à quelles conditions ?
Ergyphilus Intima est un produit honnête dans sa présentation, mais peu étayé dans ses effets. Nutergia fait mieux que la plupart de ses concurrents en publiant ses codes de souche et ses doses. Ces codes révèlent aussi que la formule repose surtout sur des souches sans publication, et sur une souche intestinale, LGG, qui s’installe mal dans le vagin.
- Il peut se discuter en complément d’un traitement antifongique prescrit, ou après des mycoses à répétition, si votre médecin ou votre sage-femme n’y voit pas d’objection. C’est l’usage pour lequel les probiotiques, en général, ont le plus de données.
- Il n’est pas un traitement d’une mycose ou d’une vaginose en cours. Un antifongique ou un antibiotique reste la référence.
- Si vous cherchez les souches les plus étudiées pour la flore intime, d’autres formules en contiennent. Notre article sur les probiotiques pour la flore intime les détaille.
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Même constat chez Noobiotik Flore Intime, dont toutes les souches sont pourtant codées (voir notre avis sur Noobiotik) : quatre sur cinq n’apparaissent dans aucune publication, et la cinquième est la même LGG. Aujourd’hui, les souches les plus étudiées par voie orale pour la flore intime restent L. rhamnosus GR-1 et L. reuteri RC-14. Nous les présentons dans notre article sur les probiotiques contre la candidose et la vaginose.
Questions fréquentes sur Ergyphilus Intima
Comment prendre Ergyphilus Intima ?
Nutergia conseille 2 à 4 gélules par jour, par voie orale, sans préciser de moment. Une boîte de 60 gélules dure donc de 15 jours à un mois.
Ergyphilus Intima soigne-t-il une mycose vaginale ?
Non. C’est un complément alimentaire, pas un médicament, et il n’a pas été testé dans un essai clinique. Contre une mycose, le traitement de référence est un antifongique. Les probiotiques en général ont seulement montré un petit effet à court terme quand ils sont pris en plus de ce traitement.
Peut-on le prendre pendant la grossesse ?
Le fabricant indique qu’il convient aux femmes enceintes. Pendant la grossesse, tout symptôme intime doit cependant être montré à un médecin ou une sage-femme, et c’est à eux de valider la prise d’un complément. Voyez aussi notre article sur les probiotiques pendant la grossesse.
Quelle différence avec Ergyphilus Confort ?
Confort vise le confort intestinal. Intima vise la flore vaginale et contient deux espèces présentes naturellement dans le vagin, L. crispatus et L. gasseri, ainsi que de la vitamine B2.
Y a-t-il des effets secondaires ?
Aucun n’est signalé par le fabricant. Dans les essais sur les mycoses analysés par la revue Cochrane, les probiotiques n’ont pas entraîné plus d’effets indésirables que les traitements de comparaison.
⚠️ Quand consulter ?
D’après l’Assurance Maladie, consultez dans les jours qui viennent s’il s’agit d’une première fois, si les pertes sont malodorantes, jaunes ou vertes, si les symptômes persistent après un traitement sans ordonnance ou reviennent souvent, ou si vous êtes suivie pour une maladie chronique comme le diabète. Consultez dans la journée en cas de douleurs abdominales, de brûlures urinaires, ou si vous êtes enceinte (ameli.fr).
Cet article ne remplace pas un avis médical.
📚 Sources
- Nutergia. ERGYPHILUS® Intima, fiche produit (composition, conseils d’utilisation, précautions). nutergia.com, consulté le 25/09/2026.
- Ravel J, Gajer P, Abdo Z, et al. Vaginal microbiome of reproductive-age women. Proceedings of the National Academy of Sciences, 2011. doi:10.1073/pnas.1002611107
- Cohen CR, Wierzbicki MR, French AL, et al. Randomized Trial of Lactin-V to Prevent Recurrence of Bacterial Vaginosis. New England Journal of Medicine, 2020. doi:10.1056/NEJMoa1915254
- De Alberti D, Russo R, Terruzzi F, Nobile V, Ouwehand AC. Lactobacilli vaginal colonisation after oral consumption of Respecta® complex: a randomised controlled pilot study. Archives of Gynecology and Obstetrics, 2015. doi:10.1007/s00404-015-3711-4
- Lyra A, Ala-Jaakkola R, Yeung N, et al. A Healthy Vaginal Microbiota Remains Stable during Oral Probiotic Supplementation: A Randomised Controlled Trial. Microorganisms, 2023. doi:10.3390/microorganisms11020499
- Gardiner GE, Heinemann C, Bruce AW, Beuerman D, Reid G. Persistence of Lactobacillus fermentum RC-14 and Lactobacillus rhamnosus GR-1 but not L. rhamnosus GG in the human vagina as demonstrated by randomly amplified polymorphic DNA. Clinical and Diagnostic Laboratory Immunology, 2002. doi:10.1128/cdli.9.1.92-96.2002
- Xie HY, Feng D, Wei DM, et al. Probiotics for vulvovaginal candidiasis in non-pregnant women. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017. doi:10.1002/14651858.CD010496.pub2
- Chen R, Qing W, Xu N, et al. Probiotics for the treatment of vulvovaginal candidiasis in nonpregnant women: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2026. doi:10.1016/j.ajog.2026.01.009
- Senok AC, Verstraelen H, Temmerman M, Botta GA. Probiotics for the treatment of bacterial vaginosis. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2009. doi:10.1002/14651858.CD006289.pub2
- Brevet US20100074878A1, Probiotic bacterium: Lactobacillus fermentum (souche VRI-003, dépôt AGAL NM02/31074). Google Patents
- Règlement (UE) n° 432/2012 de la Commission établissant une liste des allégations de santé autorisées (riboflavine : maintien de muqueuses normales). EUR-Lex
- Assurance Maladie. Vaginite : que faire et quand consulter ? ameli.fr, consulté le 25/09/2026.