Alimentation & fermentation

Aliments riches en histamine : la liste à éviter (et ceux qu’on exclut à tort)

25 septembre 2026 · 17 min de lecture · Par seydou
Aliments riches en histamine : la liste à éviter (et ceux qu’on exclut à tort)

⚠️ À lire avant

  • Cet article informe, il ne pose pas de diagnostic. L’intolérance à l’histamine se confirme avec un médecin, après avoir écarté d’autres causes.
  • Gonflement du visage ou de la gorge, difficulté à respirer, malaise après un repas : ce n’est pas le sujet de cet article. Appelez le 15 ou le 112 (114 pour les personnes sourdes ou malentendantes).

Vous avez trouvé une liste d’« aliments riches en histamine » sur Internet. Puis une deuxième, qui ne dit pas la même chose. Puis une troisième, qui ajoute les œufs, le chocolat et les fraises.

Ce n’est pas vous qui lisez mal. En 2021, une équipe de l’université de Barcelone a comparé dix régimes pauvres en histamine publiés dans la littérature scientifique. Conclusion : les listes se contredisent, et seule une minorité des aliments exclus contient réellement beaucoup d’histamine (Sánchez-Pérez et al., Nutrients, 2021).

Cet article trie. Il distingue ce qui est mesuré de ce qui est supposé, puis il aborde une question que les listes ignorent : une partie de l’histamine de votre intestin est fabriquée par vos propres bactéries.

🔑 L’essentiel

  • Les aliments fermentés sont les seuls que tous les régimes pauvres en histamine excluent : fromages affinés, saucissons secs, choucroute, vin, bière, dérivés fermentés du soja.
  • Parmi les végétaux non fermentés, seuls l’aubergine, l’épinard, la tomate et l’avocat contiennent des quantités notables d’histamine.
  • Agrumes, bananes, fraises, chocolat ou œufs sont souvent exclus sans contenir beaucoup d’histamine : les raisons avancées restent des hypothèses.
  • L’enzyme DAO dégrade l’histamine des aliments dans l’intestin. Quand elle manque, l’histamine s’accumule.
  • Certaines bactéries intestinales produisent de l’histamine, d’autres la dégradent, et cela varie d’une souche à l’autre.
  • Le régime pauvre en histamine est un test de quelques semaines, pas une restriction à vie.

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Qu’est-ce que l’histamine, et pourquoi certaines personnes la tolèrent mal ?

Une molécule utile, présente partout

L’histamine est fabriquée par notre propre organisme. Elle intervient dans les réactions immunitaires, la sécrétion d’acide gastrique et de nombreux autres mécanismes (Comas-Basté et al., 2020). On la trouve aussi dans l’alimentation, à des niveaux très variables : elle apparaît quand des bactéries dégradent un acide aminé, l’histidine, pendant une fermentation ou lorsqu’un aliment s’altère.

Chez la plupart des gens, l’histamine apportée par un repas est rapidement neutralisée (Maintz et Novak, American Journal of Clinical Nutrition, 2007).

L’enzyme DAO, le filtre de l’intestin

Cette neutralisation repose surtout sur une enzyme, la diamine oxydase (DAO). Très présente au niveau de l’intestin, elle forme la principale barrière contre l’histamine des aliments et limite son passage dans le sang (Comas-Basté et al., 2020). Une seconde enzyme, l’HNMT, agit à l’intérieur des cellules (Maintz et Novak, 2007).

Un déficit en DAO peut avoir une origine génétique, être lié à une maladie de l’intestin, ou à certains médicaments (Comas-Basté et al., Biomolecules, 2020).

Une accumulation, pas une allergie

Une allergie alimentaire met en jeu le système immunitaire. L’intolérance à l’histamine, elle, résulte d’un déséquilibre : plus d’histamine arrive que l’organisme ne peut en dégrader. Les symptômes peuvent pourtant ressembler à ceux d’une allergie (Maintz et Novak, 2007).

Combien de personnes sont concernées ? Faute de critères de diagnostic établis, personne ne le sait précisément. Certains auteurs l’estiment à 1 à 3 % de la population (Comas-Basté et al., 2020).

Les symptômes décrits

La liste est longue et peu spécifique : diarrhée, maux de tête, nez qui coule ou yeux qui piquent, rougeurs soudaines du visage, démangeaisons, urticaire, palpitations, baisse de tension (Maintz et Novak, 2007).

Sur le plan digestif, dans une série de 62 patients, les ballonnements étaient le symptôme le plus fréquent et le plus gênant, devant la sensation de trop-plein après le repas, la diarrhée, les douleurs abdominales et la constipation (Schnedl et al., Intestinal Research, 2019).

C’est précisément ce flou qui rend le diagnostic difficile : ces symptômes se retrouvent dans beaucoup d’autres troubles, à commencer par les signes d’une dysbiose intestinale.

Aliments riches en histamine : ce qui est mesuré, ce qui est supposé

Le tableau ci-dessous regroupe les aliments le plus souvent exclus. La dernière colonne indique pourquoi : une teneur en histamine mesurée, ou une hypothèse.

Aliment Pourquoi il est exclu Ce que disent les mesures
Fromages affinés Histamine formée pendant l’affinage ✅ Mesurée, très variable
Saucissons secs et charcuteries fermentées Histamine formée pendant la fermentation ✅ Mesurée, très variable
Choucroute Légume fermenté ✅ Mesurée
Sauce soja, miso et dérivés fermentés du soja Fermentation ✅ Mesurée, parfois élevée
Vin Fermentation + alcool ✅ Présente, mais faible en moyenne (3,6 mg/L) ; l’alcool pèse aussi
Bière Fermentation + alcool ✅ Présente, mais faible en moyenne (1,2 mg/L) ; l’alcool pèse aussi
Thon Histamine formée si la chaîne du froid est rompue ✅ Mesurée (dépend de la conservation)
Maquereau Idem ✅ Mesurée (dépend de la conservation)
Sardine, hareng, anchois Idem ✅ Mesurée (dépend de la conservation)
Aubergine Végétal contenant de l’histamine ✅ Mesurée, variable
Épinard Végétal contenant de l’histamine ✅ Mesurée, variable
Tomate Végétal contenant de l’histamine ✅ Mesurée, variable
Avocat Végétal contenant de l’histamine ✅ Mesurée, variable
Agrumes Riches en putrescine, qui entrerait en compétition avec la DAO ⚠️ Histamine non détectée ; hypothèse
Banane Riche en putrescine ⚠️ Histamine non détectée ; hypothèse
Fraise Dite « libératrice » d’histamine ⚠️ Mécanisme non démontré
Ananas Dit « libérateur » ⚠️ Mécanisme non démontré
Chocolat Dit « libérateur » ⚠️ Histamine non détectée
Œufs Dits « libérateurs » ⚠️ Histamine non détectée
Alcool (toutes boissons) Gênerait la dégradation de l’histamine ⚠️ Effet potentialisateur proposé

Sources : Sánchez-Pérez et al., 2021 (comparaison de 10 régimes et teneurs mesurées) ; Sánchez-Pérez et al., *Foods, 2018 (végétaux) ; Anses (poissons) ; Comas-Basté et al., 2020 (alcool).*

Les aliments fermentés : la seule exclusion qui fait l’unanimité

Sur les dix régimes comparés par l’équipe barcelonaise, les aliments et boissons fermentés sont les seuls exclus par tous : saucissons secs, fromages affinés, vin, bière. La plupart des autres aliments ne sont écartés que par la moitié des régimes, ou moins (Sánchez-Pérez et al., 2021).

Leur teneur est aussi la plus imprévisible. Dans des produits vendus en Espagne, la moyenne restait modérée, mais 5 % des échantillons dépassaient 203 mg/kg pour les fromages, 130 mg/kg pour les saucissons secs et 486 mg/kg pour les dérivés fermentés du soja. La variabilité existe même entre des produits d’un même lot, parce que l’histamine y est d’origine bactérienne (Sánchez-Pérez et al., 2021).

Les poissons : tout dépend de la chaîne du froid

Dans un poisson frais, l’histamine est normalement faible. Elle augmente quand des bactéries présentes sur la peau ou dans les viscères se multiplient à température ambiante. Les espèces les plus concernées sont le thon, le maquereau, la bonite, mais aussi la sardine, le hareng et l’anchois (Anses).

Point essentiel : l’histamine n’est détruite ni par la cuisson, ni par la congélation, ni par la mise en conserve (Anses). Un poisson mal conservé reste riche en histamine, même bien cuit.

Quatre légumes, et seulement quatre

Une revue des données disponibles sur les végétaux non fermentés est formelle : seuls l’aubergine, l’épinard, la tomate et l’avocat contiennent des quantités notables d’histamine, avec de grandes variations d’un échantillon à l’autre (Sánchez-Pérez et al., 2018).

La cuisson à l’eau aide : une partie de l’histamine passe dans l’eau de cuisson. Faire bouillir des épinards a réduit leur teneur de 83 % dans une étude citée par une revue de 2021 (Hrubisko et al., Nutrients, 2021). Les chercheurs recommandent de privilégier des végétaux très frais ou cuits à l’eau (Sánchez-Pérez et al., 2018).

Les aliments « libérateurs » d’histamine : une catégorie fragile

Agrumes, bananes, fraises, ananas, chocolat, œufs : ces aliments reviennent dans beaucoup de listes. Pourtant, ils contiennent peu ou pas d’histamine.

Deux explications circulent. Pour les agrumes et la banane, leur richesse en putrescine, une autre amine qui pourrait occuper la DAO et ralentir la dégradation de l’histamine. Pour les autres, on parle d’aliments « libérateurs » d’histamine, qui pousseraient l’organisme à libérer la sienne. Mais ce mécanisme n’a pas été élucidé (Sánchez-Pérez et al., 2021).

Autrement dit : les exclure d’emblée n’est pas appuyé par des mesures. Les tester un par un, en revanche, a du sens.

L’alcool et les médicaments

Plusieurs auteurs proposent que l’alcool renforce l’effet de l’histamine : l’alcool et son métabolite, l’acétaldéhyde, entrent en compétition avec l’histamine pour une enzyme qui intervient dans l’élimination des deux (Comas-Basté et al., 2020). Le vin et la bière cumulent donc deux facteurs.

Certains médicaments ont été décrits comme freinant la DAO (l’acétylcystéine, le métamizole, le vérapamil, le métronidazole, le métoclopramide sont cités). Mais les recommandations des sociétés d’allergologie allemande, suisse et autrichienne précisent que ces données anciennes sont contradictoires et doivent être confirmées (Reese et al., Allergologie Select, 2021).

N’arrêtez jamais un traitement de vous-même. Si vous avez un doute, parlez-en au médecin qui l’a prescrit.

Intolérance ou intoxication : deux problèmes différents

L’intoxication à l’histamine survient quand n’importe qui mange un aliment qui en contient énormément, typiquement un poisson mal conservé. Les symptômes ressemblent à une allergie et apparaissent en général une trentaine de minutes après le repas. Selon l’Anses, entre 2012 et 2021, 85 % des intoxications enregistrées par les centres antipoison étaient dues au thon (Anses).

L’intolérance, elle, concerne des personnes qui réagissent à des quantités habituellement bien tolérées. Les deux se prennent en charge différemment : en cas d’intoxication, l’Anses recommande d’appeler un centre antipoison ou de consulter un médecin, et de conserver les restes du repas pour analyse (Anses).

Aliments pauvres en histamine : ce que l’on peut manger

La bonne nouvelle, c’est que la liste des aliments compatibles est bien plus longue que celle des aliments à éviter. Dans les produits analysés en Espagne, la plupart des aliments avaient moins de 1 mg/kg d’histamine, seuil utilisé par certains auteurs pour définir un aliment pauvre en histamine (Sánchez-Pérez et al., 2021).

Famille Généralement bien tolérés Précaution
Viandes et poissons Frais, cuisinés rapidement Éviter maturés, fumés, en conserve, restes
Œufs Pas d’histamine détectée À tester individuellement
Produits laitiers Lait (pas d’histamine détectée) Fromages affinés à éviter ; yaourt souvent exclu, à tester
Céréales et féculents Riz, pâtes, pommes de terre Pain et produits à base de levure : exclus par certaines listes
Légumes La grande majorité, frais Aubergine, épinard, tomate, avocat
Fruits La plupart des fruits frais Agrumes, banane, fraise, ananas : à tester un par un
Matières grasses Huiles, beurre —

Tableau établi à partir des données de Sánchez-Pérez et al., 2021 et 2018. Il ne remplace pas un avis diététique personnalisé.

Le vrai critère : la fraîcheur

Plus qu’une liste, c’est un réflexe. L’histamine se forme quand des bactéries se multiplient dans un aliment qui vieillit ou qui est mal conservé ; les chercheurs insistent sur la fraîcheur des produits (Sánchez-Pérez et al., 2018). Les recommandations de l’Anses pour le poisson valent pour toute la démarche : réfrigérer vite, respecter les dates limites, consommer rapidement après décongélation, ne jamais recongeler (Anses).

Concrètement : cuisiner frais, limiter les restes gardés plusieurs jours, préférer les végétaux frais ou cuits à l’eau.

Quand ce sont vos bactéries qui fabriquent l’histamine

C’est la partie que les listes d’aliments oublient. Votre intestin ne se contente pas de recevoir de l’histamine : il en produit.

Des bactéries capables de fabriquer de l’histamine

De nombreuses bactéries possèdent l’enzyme qui transforme l’histidine en histamine. Dans le poisson, les producteurs les plus actifs sont des entérobactéries comme Morganella morganii, Klebsiella pneumoniae ou Hafnia alvei. Dans les fromages, les charcuteries et les boissons fermentées, ce sont plutôt certaines bactéries lactiques (Comas-Basté et al., 2020).

Ces bactéries ne vivent pas seulement dans les aliments. En 2017, une équipe suisse a isolé 74 souches bactériennes de l’intestin humain et mesuré ce qu’elles produisaient. Deux souches se sont distinguées par une forte production d’histamine : une souche de Morganella morganii et une souche de Lactobacillus vaginalis (Pugin et al., Microbial Ecology in Health and Disease, 2017).

La même étude montre l’inverse : certaines souches de Clostridium perfringens, d’Escherichia coli et de Klebsiella pneumoniae dégradaient l’histamine. Une souche d’E. coli l’a même fait disparaître entièrement du milieu de culture. Les auteurs insistent : les différences se jouent au niveau de la souche, pas seulement de l’espèce (Pugin et al., 2017).

Klebsiella et le syndrome de l’intestin irritable

En 2022, une étude publiée dans Science Translational Medicine a exploré ce lien chez des patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable :

  • chez certains patients, réduire les glucides fermentescibles (l’approche du régime FODMAP) diminuait la douleur abdominale et l’histamine urinaire ;
  • le microbiote des patients à histamine urinaire élevée produisait beaucoup d’histamine en laboratoire, et les chercheurs ont identifié Klebsiella aerogenes comme productrice majeure ;
  • cette bactérie était très abondante chez les patients de trois cohortes indépendantes, par rapport à des personnes en bonne santé ;
  • transféré à des souris sans microbiote, ce microbiote déclenchait une hypersensibilité douloureuse de l’intestin (De Palma et al., Science Translational Medicine, 2022).

⚠️ La démonstration du mécanisme a été faite chez la souris. Elle ouvre une piste, elle ne prouve pas que tous les patients sont concernés.

Autre signal : des bactéries productrices d’histamine sont plus abondantes dans l’intestin de personnes asthmatiques que chez des volontaires en bonne santé (Barcik et al., Current Opinion in Immunology, 2017).

Le microbiote des personnes intolérantes : premières observations

Deux petites études ont comparé le microbiote de personnes intolérantes à celui de témoins :

  • Allemagne, 2018 : chez 8 patients intolérants, une diversité bactérienne réduite, davantage de protéobactéries et moins de bifidobactéries (famille des Bifidobacteriaceae) que chez les témoins (Schink et al., Journal of Physiology and Pharmacology, 2018).
  • Espagne, 2022 : chez 12 patientes, moins de bactéries associées à un intestin en bonne santé (dont Faecalibacterium prausnitzii) et davantage de bactéries productrices d’histamine (Staphylococcus, Proteus, certaines entérobactéries, Clostridium perfringens, Enterococcus faecalis) (Sánchez-Pérez et al., Nutrients, 2022).

Les auteurs espagnols soulignent eux-mêmes les limites : groupes très petits, aucun homme parmi les patients, identification parfois impossible au-delà du genre (Sánchez-Pérez et al., 2022). Ces études montrent une association, pas une cause.

Ce qu’on ne sait pas encore

On ne sait pas si ce déséquilibre bactérien provoque l’intolérance ou en découle. Et il n’existe aucun test du microbiote validé pour diagnostiquer une intolérance à l’histamine. Si vous envisagez un test du microbiote, sachez qu’il ne répondra pas à cette question.

Aliments fermentés et histamine : faut-il arrêter le kéfir ?

Sur ce site, nous consacrons de nombreux articles aux aliments fermentés. Cet article en dit la limite, et elle est réelle : ce sont les aliments les plus riches en histamine, et les seuls que tous les régimes pauvres en histamine excluent.

Pour la majorité : pas de raison d’arrêter

Chez une personne sans déficit, l’histamine des aliments est rapidement dégradée par la DAO (Maintz et Novak, 2007). Les fermentés gardent alors tout leur intérêt, comme nous l’expliquons dans manger des aliments fermentés tous les jours, où les personnes intolérantes à l’histamine figurent déjà parmi les exceptions.

Si vous êtes sensible : les fermentés d’abord

Si l’intolérance est suspectée, les fermentés sont logiquement les premiers aliments à mettre de côté pendant la phase de test, puis à réintroduire un par un pour trouver votre seuil. Leur teneur varie tellement d’un produit à l’autre qu’une tolérance individuelle est possible, mais seul un essai encadré permet de la connaître.

Les chercheurs notent aussi que la teneur dépend de la qualité des matières premières, de l’hygiène de fabrication et du choix de cultures de départ dépourvues de l’enzyme productrice d’histamine (Sánchez-Pérez et al., 2018). Deux kéfirs ne se valent donc pas forcément, mais aucune étude ne permet aujourd’hui de dire lequel choisir si vous êtes intolérant.

Probiotiques et histamine : tous les ferments ne se valent pas

Une bactérie lactique n’est pas automatiquement inoffensive pour une personne intolérante. Certaines espèces lactiques produisent de l’histamine dans les aliments fermentés (Comas-Basté et al., 2020), et dans l’intestin, production et dégradation varient d’une souche à l’autre (Pugin et al., 2017).

C’est la même logique que pour tous les probiotiques : l’effet appartient à la souche, pas à l’espèce. D’où l’importance du code de souche sur l’étiquette, que nous avons relevé pour 15 marques de probiotiques, et des différences entre souches au sein d’un même genre.

⛔ Nous ne recommandons aucun probiotique « anti-histamine ». Aucune souche n’a, à notre connaissance, démontré cet effet dans des essais solides chez l’humain. Si une marque vous le promet, demandez-lui l’étude.

Régime pauvre en histamine : comment faire, et quand arrêter

Le régime pauvre en histamine est considéré comme la référence pour tester et prendre en charge l’intolérance (Hrubisko et al., 2021). Mais les sociétés savantes mettent en garde : beaucoup de personnes suivent pendant des années des régimes inutilement stricts (Reese et al., 2021).

Trois phases, pas une restriction à vie

Les recommandations germanophones de 2021 proposent une démarche en trois temps (Reese et al., 2021) :

Phase Objectif Durée
1. Restriction Réduire les symptômes : alimentation mixte à dominante végétale, pauvre en amines biogènes, surtout en histamine 10 à 14 jours
2. Test Réintroduire un par un les aliments suspects, en tenant compte du stress, du cycle menstruel ou des médicaments, pour déterminer sa tolérance Jusqu’à 6 semaines
3. Alimentation durable Manger le plus librement possible, selon sa tolérance personnelle Au long cours

C’est la même logique que le régime FODMAP : une éviction courte, puis une réintroduction. Les deux approches se recoupent d’ailleurs en partie, comme l’a montré l’étude sur Klebsiella ; si vous suivez déjà la liste des aliments FODMAP, faites-vous accompagner pour ne pas cumuler deux régimes restrictifs.

Le diagnostic : pourquoi la prise de sang ne suffit pas

Le dosage de la DAO dans le sang est souvent proposé. Pourtant, les recommandations de 2021 jugent ce paramètre peu concluant, et concluent qu’il n’existe à ce jour aucun critère objectif pour confirmer le diagnostic (Reese et al., 2021).

Le diagnostic repose donc sur l’histoire médicale, un journal alimentaire et des symptômes, et surtout sur l’élimination d’autres causes : urticaire chronique, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, intolérance au lactose ou malabsorption du fructose, maladie cœliaque, mastocytose, allergies (Reese et al., 2021).

Les compléments de DAO : des résultats encourageants, des preuves faibles

Des gélules de DAO sont vendues pour aider à dégrader l’histamine des repas. Dans une étude pilote autrichienne, 28 patients en ont pris avant les repas pendant 4 semaines : leurs symptômes ont diminué, puis sont remontés à l’arrêt (Schnedl et al., Food Science and Biotechnology, 2019).

Mais l’étude était ouverte : sans placebo, les patients savaient ce qu’ils prenaient. Une revue de 2020 note que les essais disponibles portent sur de petits effectifs et des durées courtes (Comas-Basté et al., 2020). La supplémentation est au mieux un complément du régime (Hrubisko et al., 2021), à discuter avec un professionnel.

Liste des aliments sans histamine en PDF

Pour garder ces informations sous la main en faisant vos courses, nous avons regroupé les deux tableaux de cet article dans une fiche à imprimer : les aliments à éviter pendant la phase de test, ceux qu’on exclut souvent à tort, et ceux que l’on peut manger.

📥 Télécharger la liste en PDF (gratuit)

La fiche est gratuite et sans inscription. Elle ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un diététicien.

Questions fréquentes

La cuisson détruit-elle l’histamine ?

Non. Selon l’Anses, l’histamine n’est détruite ni par la cuisson, ni par la congélation, ni par la mise en conserve (Anses). La cuisson à l’eau peut en revanche en réduire la quantité dans certains légumes, car une partie passe dans l’eau (Sánchez-Pérez et al., 2018).

Faut-il supprimer le chocolat ?

Aucune histamine n’a été détectée dans les chocolats analysés en Espagne. Il est pourtant souvent exclu parce qu’on le dit « libérateur » d’histamine, mais ce mécanisme n’a pas été démontré (Sánchez-Pérez et al., 2021). Il fait partie des aliments à tester individuellement pendant la phase de réintroduction.

Les œufs sont-ils autorisés ?

Aucune histamine n’a été détectée dans les œufs analysés, mais ils figurent dans de nombreuses listes d’exclusion pour la même raison que le chocolat (Sánchez-Pérez et al., 2021). Là encore : à tester plutôt qu’à supprimer d’office.

L’intolérance à l’histamine se guérit-elle ?

L’objectif n’est pas de supprimer l’histamine à vie, mais de trouver sa propre tolérance et de manger le plus librement possible (Reese et al., 2021). Et si une autre maladie explique les symptômes, c’est elle qu’il faut d’abord rechercher et traiter (Reese et al., 2021).

Quelle différence avec une allergie alimentaire ?

L’allergie met en jeu le système immunitaire et peut provoquer des réactions graves, même avec une petite quantité d’aliment. L’intolérance à l’histamine est une accumulation liée à une dégradation insuffisante (Maintz et Novak, 2007). Seul un médecin peut faire la différence, et les signes graves (gonflement, gêne respiratoire) relèvent toujours de l’urgence.

Les antihistaminiques règlent-ils le problème ?

Ils peuvent soulager, mais une revue de 2021 recommande qu’ils soient, s’ils sont indiqués, pris de façon réfléchie et limitée dans le temps (Hrubisko et al., 2021). C’est une décision médicale : ne commencez pas un traitement au long cours de votre propre initiative.

⚠️ Avant de changer votre alimentation

  • Consultez un médecin avant de vous lancer dans un régime d’éviction : les symptômes attribués à l’histamine peuvent venir d’une autre maladie (maladie cœliaque, maladie inflammatoire de l’intestin, mastocytose…).
  • Un régime restrictif prolongé expose à des carences et à une alimentation inutilement pauvre. Faites-vous accompagner par un diététicien.
  • N’arrêtez jamais un médicament de vous-même.

📚 Références scientifiques

  • Maintz L, Novak N. Histamine and histamine intolerance. American Journal of Clinical Nutrition, 2007 ; 85(5) : 1185-1196. doi:10.1093/ajcn/85.5.1185
  • Comas-Basté O, Sánchez-Pérez S, Veciana-Nogués MT, et al. Histamine Intolerance: The Current State of the Art. Biomolecules, 2020 ; 10(8) : 1181. doi:10.3390/biom10081181
  • Reese I, Ballmer-Weber B, Beyer K, et al. Guideline on management of suspected adverse reactions to ingested histamine (DGAKI, GPA, AeDA, SGAI, ÖGAI). Allergologie Select, 2021 ; 5 : 305-314. doi:10.5414/ALX02269E
  • Hrubisko M, Danis R, Huorka M, Wawruch M. Histamine Intolerance — The More We Know the Less We Know. A Review. Nutrients, 2021 ; 13(7) : 2228. doi:10.3390/nu13072228
  • Sánchez-Pérez S, Comas-Basté O, Veciana-Nogués MT, et al. Low-Histamine Diets: Is the Exclusion of Foods Justified by Their Histamine Content? Nutrients, 2021 ; 13(5) : 1395. doi:10.3390/nu13051395
  • Sánchez-Pérez S, Comas-Basté O, Rabell-González J, et al. Biogenic Amines in Plant-Origin Foods: Are They Frequently Underestimated in Low-Histamine Diets? Foods, 2018 ; 7(12) : 205. doi:10.3390/foods7120205
  • Sánchez-Pérez S, Comas-Basté O, Duelo A, et al. Intestinal Dysbiosis in Patients with Histamine Intolerance. Nutrients, 2022 ; 14(9) : 1774. doi:10.3390/nu14091774
  • Schink M, Konturek PC, Tietz E, et al. Microbial patterns in patients with histamine intolerance. Journal of Physiology and Pharmacology, 2018 ; 69(4). PubMed 30552302
  • Pugin B, Barcik W, Westermann P, et al. A wide diversity of bacteria from the human gut produces and degrades biogenic amines. Microbial Ecology in Health and Disease, 2017 ; 28(1) : 1353881. doi:10.1080/16512235.2017.1353881
  • De Palma G, Shimbori C, Reed DE, et al. Histamine production by the gut microbiota induces visceral hyperalgesia through histamine 4 receptor signaling in mice. Science Translational Medicine, 2022 ; 14(655). doi:10.1126/scitranslmed.abj1895
  • Barcik W, Wawrzyniak M, Akdis CA, O’Mahony L. Immune regulation by histamine and histamine-secreting bacteria. Current Opinion in Immunology, 2017 ; 48 : 108-113. doi:10.1016/j.coi.2017.08.011
  • Schnedl WJ, Schenk M, Lackner S, et al. Diamine oxidase supplementation improves symptoms in patients with histamine intolerance. Food Science and Biotechnology, 2019 ; 28(6) : 1779-1784. doi:10.1007/s10068-019-00627-3
  • Schnedl WJ, Lackner S, Enko D, et al. Evaluation of symptoms and symptom combinations in histamine intolerance. Intestinal Research, 2019 ; 17(3) : 427-433. doi:10.5217/ir.2018.00152
  • Anses. Qu’est-ce que l’histamine et comment éviter les intoxications ? anses.fr, consulté le 16/09/2026.
seydou

seydou

Fondateur du Monde du Microbiote. Après avoir souffert de troubles digestifs, il a consacré plusieurs années à étudier la littérature scientifique sur le microbiote intestinal et les probiotiques. Il partage ici ses recherches et son expérience personnelle pour aider ceux qui traversent les mêmes difficultés.

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