Probiotiques & prébiotiques

Lactobacillus gasseri : ce que dit vraiment la science

15 septembre 2026 · 8 min de lecture · Par seydou
Lactobacillus gasseri : ce que dit vraiment la science

🔑 L’essentiel

  • Lactobacillus gasseri est une espèce, pas un produit. Une seule souche a été testée chez l’humain pour la perte de graisse abdominale : SBT2055. Les autres n’ont aucune donnée clinique.
  • Les deux essais japonais montrent une réduction de la graisse viscérale de 4,6 % puis 8,5 % en 12 semaines — un effet réel, mais modeste.
  • Le détail que les vendeurs omettent : l’effet s’atténue dès l’arrêt. Quatre semaines sans le produit ont suffi à l’estomper dans l’essai de 2013.
  • Les deux essais ont utilisé 200 g de lait fermenté par jour, pas une gélule.
  • Un produit à base de L. gasseri a fait l’objet d’un rappel officiel en France pour présence d’oxyde d’éthylène.

Lactobacillus gasseri est devenu « le probiotique minceur ». On le trouve en pharmacie, en parapharmacie et sur une dizaine de boutiques en ligne, souvent sous des noms qui promettent un ventre plat. Derrière cette réputation, il y a bien des essais cliniques — deux, exactement, menés au Japon sur une seule souche. Ce qu’ils ont mesuré est plus intéressant, et plus limité, que ce qu’on en fait aujourd’hui.

Qu’est-ce que Lactobacillus gasseri ?

Lactobacillus gasseri est une bactérie lactique naturellement présente chez l’humain, à deux endroits : dans l’intestin et dans le microbiote vaginal. C’est l’une des espèces de Lactobacillus qui participent à l’acidité protectrice du milieu vaginal, aux côtés de L. crispatus, L. iners et L. jensenii — un terrain que nous détaillons dans notre article sur les probiotiques pour la flore intime.

Autrement dit : ce n’est pas une bactérie exotique ni un ingrédient de laboratoire. C’est un habitant ordinaire du corps humain, que l’industrie a commencé à cultiver et à vendre après qu’une souche particulière eut donné des résultats inattendus.

L’effet sur la graisse abdominale : ce que les essais ont réellement mesuré

Toute la réputation « minceur » de L. gasseri repose sur deux essais randomisés contrôlés, conduits par la même équipe japonaise sur la même souche, SBT2055.

EssaiGraisse viscéraleParticipantsProtocole
Kadooka 2010
Eur J Clin Nutr
−4,6 %
(−5,8 cm²)
87 adultes, IMC 24,2–30,7200 g/j de lait fermenté pendant 12 semaines
Kadooka 2013
Br J Nutr
−8,5 % et −8,2 %
selon la dose
210 adultes, graisse viscérale élevée200 g/j de lait fermenté pendant 12 semaines

Les deux essais sont sérieux : randomisés, contrôlés contre placebo, en double aveugle, avec mesure de la graisse viscérale par scanner — pas à la balance ni au mètre ruban. Dans le groupe témoin de l’essai de 2013, aucun de ces paramètres n’a diminué de façon significative. L’effet est donc réel.

Il est aussi modeste. Une baisse de 8,5 % d’une surface de graisse viscérale, ce n’est pas une perte de poids spectaculaire : c’est un déplacement mesurable au scanner, obtenu en trois mois de consommation quotidienne. Aucun des deux essais ne décrit une fonte de kilos.

Le détail que personne ne cite : l’effet s’efface à l’arrêt

L’essai de 2013 comportait une phase que les pages de vente ne mentionnent jamais. Après les 12 semaines, les auteurs ont observé les participants pendant quatre semaines sans produit. Résultat, dans leurs propres termes : l’arrêt de la consommation a atténué ces effets.

C’est le point le plus important de tout le dossier, et il change la nature de ce qu’on achète. L. gasseri SBT2055 ne corrige rien durablement : il produit un effet tant qu’on le consomme. Ce n’est pas une cure au bout de laquelle on aurait gagné quelque chose, c’est un apport à maintenir. La question de savoir combien de temps on compte tenir — et ce que cela représente sur un an — se pose donc avant l’achat, pas après.

200 g de lait fermenté par jour — pas une gélule. C’est le protocole des deux essais. Les produits vendus aujourd’hui sont presque tous des gélules, avec une matrice, une dose et un mode de libération différents. Rien ne dit qu’ils reproduisent le résultat : ils n’ont pas été testés.

SBT2055 n’est pas « du gasseri »

C’est la confusion la plus rentable du marché. Les essais ont porté sur une souche précise, identifiée par un code : SBT2055. Or la plupart des produits en rayon annoncent simplement « Lactobacillus gasseri », sans code de souche. Ils vendent l’espèce en s’appuyant sur les résultats d’une souche.

La différence n’est pas un détail réglementaire. Deux souches de la même espèce peuvent avoir des effets sans rapport — c’est le principe même de la recherche sur les probiotiques, que nous expliquons dans notre article sur les différences entre Lactobacillus et Bifidobacterium. Une souche de L. gasseri isolée du vagin (comme la CECT 30648, étudiée en 2025 pour la colonisation vaginale) n’a aucune raison de reproduire les résultats métaboliques de SBT2055.

Concrètement : si l’étiquette ne porte pas de code de souche, vous ne savez pas ce que vous achetez. C’est le premier critère à vérifier, avant la dose et avant le prix — un point que nous développons dans notre guide complet des probiotiques.

Comment agirait-il ? Ce qui est démontré et ce qui reste une hypothèse

Une littérature abondante décrit comment SBT2055 pourrait agir : en augmentant la taille des gouttelettes de l’émulsion grasse, ce qui gêne l’action de la lipase pancréatique ; en réduisant la perméabilité intestinale ; en limitant l’infiltration de macrophages inflammatoires dans le tissu adipeux.

Il faut distinguer deux niveaux de preuve dans cette littérature. Une partie a été obtenue sur des souris, des rats ou des cellules en culture : ces travaux expliquent une hypothèse, ils ne démontrent pas un bénéfice humain. Mais un élément a bien été mesuré chez l’humain : dans un essai randomisé en double aveugle contre placebo, sept jours de lait fermenté contenant SBT2055 ont augmenté l’excrétion des graisses dans les selles. C’est cohérent avec le mécanisme proposé — même si sept jours et un critère biologique ne disent rien d’un effet sur la silhouette.

Gasseri et flore intime : un autre terrain, d’autres souches

L. gasseri fait partie des lactobacilles qui peuplent naturellement le vagin, et plusieurs souches sont étudiées à ce titre — un travail de 2025 a par exemple montré qu’une souche administrée par voie orale pouvait coloniser le vagin chez des femmes en bonne santé.

Mais c’est un domaine distinct, avec ses propres souches de référence, et le duo le mieux documenté n’est pas du gasseri. Si c’est votre sujet, allez directement à notre article dédié aux probiotiques pour la candidose et la vaginose : y chercher du L. gasseri parce qu’il est vendu comme minceur serait un contresens.

Dangers et effets indésirables : ce qu’il faut savoir

La bactérie elle-même est bien tolérée. Comme avec tout probiotique, les premiers jours peuvent s’accompagner de ballonnements ou de gaz, généralement transitoires. Les précautions sérieuses concernent les personnes immunodéprimées, porteuses d’un cathéter central ou en situation critique, chez qui les probiotiques vivants ne doivent pas être pris sans avis médical.

Le vrai risque documenté en France ne vient pas de la bactérie : il vient du produit qui la contient. Un complément « Lactobacillus Gasseri — 20 milliards » de la marque Cell’innov a fait l’objet d’un rappel officiel sur RappelConso, le site gouvernemental des alertes produits. Motif : présence d’oxyde d’éthylène dans l’un des ingrédients, avec dépassement des limites autorisées de pesticides. Conduite indiquée aux consommateurs : ne plus consommer.

Ce rappel dit quelque chose d’utile sur la catégorie. Un complément alimentaire n’est pas un médicament : la qualité dépend entièrement du fabricant et de ses fournisseurs. C’est une raison de plus de privilégier les marques qui documentent leurs souches et leurs contrôles.

Aucune allégation santé n’est autorisée

Il faut le dire clairement : aucune allégation de santé européenne autorisée ne porte sur Lactobacillus gasseri, ni sur la perte de poids, ni sur autre chose. Le règlement (UE) n° 432/2012, qui fixe la liste des allégations autorisées, ne mentionne le mot « Lactobacillus » qu’une seule fois : pour les cultures vivantes des yaourts (L. delbrueckii subsp. bulgaricus et Streptococcus thermophilus), et uniquement au titre de l’amélioration de la digestion du lactose. Le mot « probiotique » n’y figure pas. Un vendeur qui affirme que le gasseri « fait maigrir » sort du cadre réglementaire.

Faut-il en prendre ?

Si vous cherchez à perdre du ventre, L. gasseri n’est pas le levier principal — et nous avons consacré un article entier à cette question : un probiotique peut-il vraiment donner un ventre plat ?. L’alimentation, les fibres et le sommeil pèsent beaucoup plus lourd, et leur effet ne disparaît pas quatre semaines après l’arrêt.

Si vous voulez tout de même l’essayer, trois vérifications avant d’acheter :

  • Le code de souche est-il indiqué ? Sans code, aucune étude ne s’applique au produit que vous tenez.
  • Les UFC sont-elles garanties jusqu’à la date de péremption, ou seulement à la fabrication ? La différence peut être d’un facteur dix.
  • Sur quelle durée êtes-vous prêt à tenir ? Les essais durent 12 semaines et l’effet s’atténue à l’arrêt. Un mois d’essai ne vous apprendra rien.

Pour comparer les formules disponibles en France sur des critères vérifiables, voir notre comparatif des probiotiques.

Questions fréquentes

Le Lactobacillus gasseri fait-il maigrir ?

Non, pas au sens où on l’entend. Deux essais randomisés sur la souche SBT2055 ont montré une réduction de la graisse viscérale de 4,6 % puis 8,5 % en 12 semaines, mesurée au scanner. C’est un effet réel mais modeste, obtenu avec 200 g de lait fermenté par jour, et il s’atténue à l’arrêt.

Quelle souche de gasseri choisir ?

SBT2055 est la seule souche disposant de données humaines sur la graisse abdominale. Si l’étiquette n’indique aucun code de souche, les études publiées ne s’appliquent pas au produit.

Le Lactobacillus gasseri est-il dangereux ?

La bactérie est bien tolérée chez les personnes en bonne santé, avec parfois des ballonnements passagers au début. Les personnes immunodéprimées doivent demander un avis médical. En revanche, un complément à base de gasseri a été rappelé en France pour présence d’oxyde d’éthylène : le risque est venu de la qualité du produit, pas de la souche.

Combien de temps faut-il en prendre ?

Les deux essais ont duré 12 semaines. C’est le minimum pour espérer reproduire ce qui a été mesuré. Sachant que l’effet s’estompe quatre semaines après l’arrêt, il s’agit d’un apport à maintenir, pas d’une cure ponctuelle. Voir aussi : quand et comment prendre ses probiotiques.

Peut-on trouver du gasseri dans l’alimentation ?

Les essais utilisaient un lait fermenté spécifiquement ensemencé avec SBT2055, qui n’est pas commercialisé en France. Les yaourts et laits fermentés courants contiennent d’autres ferments. Pour l’apport en bactéries vivantes par l’alimentation, voir notre guide des aliments fermentés.

Sources

  • Kadooka Y. et al., « Regulation of abdominal adiposity by probiotics (Lactobacillus gasseri SBT2055) in adults with obese tendencies in a randomized controlled trial », European Journal of Clinical Nutrition, 2010 — PMID 20216555
  • Kadooka Y. et al., « Effect of Lactobacillus gasseri SBT2055 in fermented milk on abdominal adiposity in adults in a randomised controlled trial », British Journal of Nutrition, 2013 — PMID 23614897
  • Ogawa A. et al., « Lactobacillus gasseri SBT2055 suppresses fatty acid release through enlargement of fat emulsion size in vitro and promotes fecal fat excretion in healthy Japanese subjects », Lipids in Health and Disease, 2015 — PMID 25884980
  • Pérez M. et al., « Lactobacillus gasseri CECT 30648 shows probiotic characteristics and colonizes the vagina of healthy women after oral administration », Microbiology Spectrum, 2025 — PMID 40772934
  • Règlement (UE) n° 432/2012 établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires — EUR-Lex
  • RappelConso (DGCCRF), fiche de rappel « Lactobacillus Gasseri — 20 milliards », Cell’innov — rappel.conso.gouv.fr
seydou

seydou

Fondateur du Monde du Microbiote. Après avoir souffert de troubles digestifs, il a consacré plusieurs années à étudier la littérature scientifique sur le microbiote intestinal et les probiotiques. Il partage ici ses recherches et son expérience personnelle pour aider ceux qui traversent les mêmes difficultés.

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